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LA Gouvernance de l'EAu au Sénégal: un scandale sanitaire, juridique et financier !!!

Posté par: Elimane H. KANE| Vendredi 27 septembre, 2013 14:17  | Consulté 3360 fois  |  0 Réactions  |   

« …. Le défi de la qualité du service est à relever surtout en ce qui concerne la qualité de l’eau. En effet, en milieu rural, par exemple, l’eau reçue par 21% des populations desservies par des forages ruraux motorisés dans la zone centre du pays n’est pas conformes aux normes recommandées par OMS(Revue Annuelle Conjointe RAC du PEPAM,2011). En milieu urbain, contrairement à l’excellent taux de conformité bactériologique, qui s’établit à près de 98% en 2010, la SONES  a accordée une dérogation spéciale sur près de 30 % de la production d’eau distribuée par la SDE et qui n’est pas conforme aux normes physico chimiques OMS préconisées par l’Etat. En effet, l’excès de fluor est le plus important problème identifié à ce niveau. Si des mesures ne sont pas prises pour corriger cette anomalie, cela pourrait induire un important problème de santé publique.

Par ailleurs, depuis 2003, les spécialistes du sous secteur de l’eau potable en milieu urbain au Sénégal soutiennent que l’équilibre financier du secteur est atteint depuis 2003. En effet, les tarifs des usagers sont restés inchangés sur cette période. Toutefois, à partir de 2006, la facture de l’administration a augmenté de façon exponentielle. En effet, les tarifs sont passés de 629,88 FCFA (2003) à  2200 FCFA (2010). Cette hausse supportée par l’Etat du Sénégal pour assurer l’équilibre financier est actuellement attribuée à l’augmentation du coût de l’énergie sur le marché international. Seulement, elle était déjà annoncée, comme une fatalité, dans la Lettre de Politique Sectorielle de 2005 du secteur qui précisait à ce propos que: «A partir de 2008, des hausses limitées seront probablement nécessaires pour assurer l’équilibre de trésorerie de la SONES»( Lettre de Politique Sectorielle de l’eau et de l’Assainissement du Sénégal,2005 p. 16/33) .

 Le financement du secteur est tributaire de l’aide publique au développement. En effet,  l’Etat y contribue à hauteur de dix sept pour cent (17%) sur fonds propre avec le BCI et la SONES. Le reste est pris en charge par les partenaires au développement, soit près de 83% sous forme de dons à l’Etat ou sous forme de prêt à rembourser par l’Etat. Même si 11% du budget prévu pour la mise en œuvre du DSRP, est consacré au secteur de l’eau et assainissement, cette part reste encore faible en terme de contribution de l’Etat pour un secteur aussi stratégique.

…La faible participation effective des autorités déconcentrées et locales constitue un point faible et un important défi à relever pour une meilleure gouvernance du secteur. Même si dans l’élaboration des PLHA, les autorités locales sont associées, des efforts restent à faire pour les impliquer davantage dans la mise en œuvre des politiques du secteur de l’eau.

Cependant, le faible accès à l’information, constitue le principal frein à toutes ces initiatives. En effet, la culture de l’opacité entretenue par des acteurs clés du secteur, biaise le jeu de la transparence à ce niveau et constitue un important risque pour le secteur. En milieu urbain, le débat sur le type de contrat pour le secteur devrait se faire en toute transparence. De même, le renouvellement du contrat de la SDE, l’opérateur privé chargé de la distribution de l’eau, qui arrive à échéance, est un important défi de transparence à relever pour ce secteur.  En effet, le renouvellement de ce contrat devrait faire l’objet d’un appel d’offre international en toute transparence afin de conserver les acquis du secteur. Ce qui donnerait plus de légitimité à l’opérateur qui aura en charge la gestion de ce sous secteur.

Par ailleurs, l’opacité entretenue dans l’actionnariat de la SDE  illustre les problèmes d’intégrité qui menacent aujourd’hui ce sous secteur de l’eau. Certains conflits d’intérêts émergent à la suite de la vente[1] par Bouygues de 65% de ses actions à ce consortium américain ECP. La situation inédite créée par cette vente d’actions réside dans le fait que certains bailleurs de l’Etat ont souscrit au fond intitulé «Africa Fund II» qui possède les parts de «Finagestion» achetés par ECP.

De façon générale, les fournisseurs du service public ne se soucient point de leur obligation de rendre compte. Les usagers également n’exigent pas des comptes aux gestionnaires de ces services publics. Au niveau local surtout, c’est l’Etat pratiquement qui a l’exclusivité du contrôle malgré ses faibles ressources financières, matérielles et humaines…. »

Extrait d’un rapport de Transparency International sur la gouvernance de l’eau en Afrique, 2012.


[1]Un communiqué de presse du groupe Bouygues intitulé «Bouygues cède 35,7% de sa filiale FINANGESTION à ECP» daté le 03 novembre 2009. Dans ce même communiqué on peut lire «Après cette nouvelle cession de 35,7 % dans Finagestion, la participation de Bouygues s’établit aujourd’hui à 65%».

 L'auteur  Elimane H. KANE
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Elimane H. KANE
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