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La loi sur la parité mise à rude épreuve à Touba : la vraie question demeure celle de la Refondation de nos institutions.

Posté par: Elimane H. KANE| Dimanche 11 mai, 2014 16:41  | Consulté 1382 fois  |  0 Réactions  |   

« Don’t run away from your problems; face them! Because if you don’t deal with them, they will always be with you. Deal with a problem which arises; face it courageously.”

Nelson Mandela, Conversations with myself, p 24.

Je voyais bien venir cette impasse législative en ce qui concerne la loi sur la parité.  J’avais avancé l’hypothèse que les élections locales de 2014 constitueraient le moment où cette loi serait véritablement éprouvée, mais pas seulement à  Touba. Ma préoccupation fut l’incapacité qu’auraient nos partis politiques à respecter les critères de parité au moment de constituer les listes au niveau des communautés rurales, compte tenu des réalités socioculturelles encore prégnantes dans nos villages. L’acte 3 de la décentralisation et le nouveau code électoral ont ignoré ces réalités socio-anthropologico - politiques, notamment pour le cas de Touba qui a été étonnamment occulté dans les débats. Mais le problème est ben plus complexe  quand il s’agit de la nouvelle commune de Touba. Le statut particulier  de Touba tacitement reconnu par le pouvoir exécutif sénégalais et une partie importante des sénégalais est un problème  qui est posé depuis longtemps, suite à l’attribution d’un titre foncier par le colonisateur au  « Serigne Touba » depuis 1930, trente ans avant l’accession de la république du Sénégal à la souveraineté internationale. Il s’agit là d’un des fardeaux les plus lourds hérités de la colonisation et de ces multiples  stéréotypes du « diviser pour régner ». Le talon d’Achille de l’équilibre du jeu politique et par conséquent de  la cohésion sociale dans notre pays. Au-delà de la spécificité religieuse de la ville sainte, il s’agit là d’un véritable problème  de sauvegarde de l’intangibilité du territoire national. Sans relever des velléités  de désintégration territoriale et tenant compte du fait que sociologiquement le problème ne se pose pas dans l’imaginaire et la conscience collective sénégalaise, il urge de faire face définitivement au « cas Touba » pour mettre fin à toute perspective de complication. Cela nécessite un débat ouvert et objectif sur la situation de Touba dans le Sénégal. 

Face à ce problème, dans son aspect actuel et donc relatif au processus électoral,  au moins deux solutions objectives d’offrent à nous :

1.       Reconnaître à Touba sa spécificité territoriale et dans ce cas lui concéder son statut particulier de collectivité locale exceptionnelle avec une autonomie institutionnelle répondant à l’organisation sociopolitique placée sur la responsabilité exclusive du khalife général.  Ce qui supposerait que Touba devrait être sorti définitivement du jeu politique démocratique de la république du Sénégal. Ce qui suppose la reconnaissance d’une autonomie d’organisation politique sous l’entière responsabilité du khalife, en dehors de la régulation par les institutions nationales dédiées.

2.       Maintenir Touba dans le dispositif d’aménagement du territoire au même titre que toutes les collectivités locales et dans ce cas la loi étant par fonction impersonnelle devra s’appliquer aux citoyens de Touba comme à tous les autres sénégalais. Le non respect de la parité dans la constitution des listes invaliderait systématiquement cette liste. Dans ce cas l’auto saisine de la CENA est salutaire du point de vue des prérogatives de cette institution qui ne fait que prendre ses responsabilités. En faisant son travail la CENA interpelle l’autorité juridique sur ses responsabilités et en même temps l’autorité politique pour faire face définitivement à la question et de mettre fin au « maslaha » qui fait que reporter les échéances d’un problème à résoudre et lui donner en même temps des proportions de plus en plus incontrôlables.

L’arbitrage entre ces deux perspectives devrait se faire en toute intelligence et de façon démocratique et en toute objectivité. A ce titre c’est au peuple souverain sénégalais qu’il reviendrait de trancher le débat par un référendum. Celui-ci ne devrait plus tarder et devrait se faire en même temps que l’adoption d’une nouvelle constitution basée sur l’avant projet proposé par la commission nationale de réforme des institutions (CNRI).

En attendant de pouvoir mettre à jour le dispositif juridique et institutionnel du rapport entre Touba et la République du Sénégal, in extenso, la République laïque du Sénégal et les confréries, la puissance de la diplomatie intérieure doit prouver son efficacité. Il s’agit d’utiliser les leviers socioculturels sénégalais pour  sensibiliser, dans la plus grande discrétion, le khalife général des mourides sur la loi sur la parité au lieu de laisser libre court à une défiance émotionnelle qui pourrait favoriser des positions braquées et donc l’impasse. Reste à savoir si le khalife est au courant du processus d’élaboration  de cette liste compte tenu des jeux d’intérêts et manipulations diverses qui s’opèrent dans l’entourage du guide religieux, en son nom. On se rappelle bien de la fameuse liste qui  en 2009 avait placé  feu Serigne Saliou Mbacké  tête de liste, à son insu.

Mais au fond la véritable question que nous devons traiter définitivement c’est celle de la remise en cause des principes fondateurs de nos pseudo « républiques », ces micro –Etats créés de toute pièces selon les intérêts de l’époque des anciens colonisateurs, dans la parfaite ignorance de nos propres réalités socioculturelles et des systèmes politiques authentiques qui ont régi les interrelations des peuples africains pendant des siècles. La « réintégration des peuples africains » et la réhabilitation du pouvoir de proximité sont les grands défis de Refondation auxquels nous devons faire face et probablement la voie dénouement de toutes nos contradictions internes. En nous réconciliant avec nous-mêmes sur ce plan, nous dépasserons les menaces de ces stéréotypes coloniaux et les endiguements  de nos états jacobins qui nous divisent encore,  pour mieux négocier la commune nécessité de vivre ensemble.

Elimane H. KANE

LEGS-Africa.

elihkane@gmail.com

 

 

 L'auteur  Elimane H. KANE
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