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Pour l'Afrique, osons !!!

Posté par: Elimane H. KANE| Vendredi 26 juillet, 2013 15:15  | Consulté 1036 fois  |  0 Réactions  |   

L’année 2013, commémorant le cinquantenaire de l’OUA, est placée sous le signe du panafricanisme et de la renaissance par l’Union Africaine. On se rappelle alors le mot d’ordre visionnaire de Kwamé Nkruhma « Africa must unite ! » en mai 1963. On se rappelle aussi de ses larmes versées quand à l’issue du conclave il constate, impuissant, que ses pairs présidents ne l’ont pas suivi sur la voie de l’union fédérale des états africains. Quelques années avant, en juillet 1958, aux dates du 25-26 et 27, en Afrique de l’ouest la vision fédéraliste et émancipatrice était aussi mise à l’épreuve à Cotonou (Dahomey devenu Benin) lors du congrès constitutif du Parti du Regroupement Africain, où les tenants de l’indépendance immédiate et de la fédération des territoires de l’AOF, comme le nigérien Djibo Bakary et ceux qu’on appelait les jeunes intellectuels (Amadou Mahtar Mbow, Abdoulaye Ly,…) ont défié le rapporteur Senghor qui ne voulait aucunement coupé le lien avec la France. Le président Senghor défendait alors la thèse d’un état fédéral ouest africain dans la communauté française. En réalité, Senghor ne voulait pas de l’indépendance, qui pour lui n’était pas la bonne solution pour l'Afrique et le Sénégal. Dans le rapport de ce fameux congrès de Cotonou présenté devant 350 délégués représentant douze territoires, il écrit :"l'indépendance n'a pas de contenu positif, ce n'est pas une solution ". Dans cette position il fut vivement combattu par la délégation sénégalaise et l’essentiel de ses camarades de l’époque dont Mamadou Dia et Lamine Gueye qui ont fini de triompher car la motion du congrès stipulait "considérant que seule l'indépendance permet de résoudre les problèmes africains, le congrès adopte le mot d'ordre d'indépendance immédiate et décide de prendre toutes les mesures nécessaires pour mobiliser les masses africaines autour de ce mot d’ordre, et de traduire dans les faits cette volonté d’indépendance." Mais cette résolution du Congrès de Cotonou a été trahie par la suite de notre histoire. Ces dates méritent d’être incrustées dans notre mémoire collective, car elles symbolisent l’option de départ que les africains n’auraient jamais dû abandonner. Plus de cinquante ans après la question de l’émancipation se pose encore dans le débat africain.

Quand le temps refait son vol...

Cette question de la liberté dans la souveraineté a été au cœur des débats avec plusieurs positions différentes de la part des hommes politiques de l’époque. Entre l’indépendance immédiate et l’autonomie dans la communauté française, en passant par des positions plus nuancées ou plus tranchées selon les acteurs individuels et collectifs de l’époque charnière de la décolonisation et de l’accès à la souveraineté internationale des pays de l’Afrique occidentale, je retiens la mise en garde presque méprisante du Général Charles De gaulle déclarée devant l’assemblée du mali à Dakar le 13 Décembre 1959 : « l’essentiel, pour jouer son rôle international, est d’exister par soi-même, en soi-même et chez soi. Il n’y a pas de réalité internationale qui ne soit d’abord une réalité nationale » Aujourd’hui encore, l’Afrique se cherche elle-même pour s’assurer une présence dans le monde. C’est dans un tel contexte qu’on nous invite encore au panafricanisme et à la renaissance depuis Addis Abebba, la capitale administrative de l’Afrique où est érigé le tout nouveau siège de l’UA aux frais exclusifs de la Chine. La nouvelle puissance mondiale qui a su se réveiller entre temps en acceptant de consacrer les efforts nécessaires pour faire du « pays du soleil levant », une société émergente. Pendant ce temps, qu’avons –nous fait du cri de Nkrumah et du manuscrit de Cotonou ? Il me semble qu’encore une fois, nous sommes dans la charnière d’une mutation profonde et historique du monde. Un demi-siécle après les péripéties de la décolonisation et de l’accès à l’autonomie dans la liberté de la plupart des pays africains, nous avons l’impression que le temps refait son vol. L’Afrique fait encore une fois face à son destin. Certes dans un contexte différent, mais le défi semble être le même : comment s’assurer une véritable autonomie dans un monde où les rapports de force sont encore une foi remis en cause. Il y’a cinquante ans, une nouvelle conscience s’était forgée des suites de la deuxième guerre mondiale qui avait fini de lever le voile sur le mythe des puissances coloniales. Aujourd’hui, c’est l’effet de la crise financière, économique et environnementale planétaire qui met encore à nue l’impuissance historique de l’occident. Alors que faisons-nous en ce moment, en Afrique ? Sommes-nous en train de rater le train de l’histoire en empruntant le chemin de la diversion et de l’égarement au moment où l’heure semble cruciale. En mon sens la Renaissance Africaine est imminente : c’est le moment ! Mais comment l’Afrique doit-elle renaitre ? C’est la véritable question, me semble-t-il.

Un vrai débat s’impose !

La Renaissance Africaine n’est pas une théorie qu’on sculpte dans du bronze . Elle doit être une pensée puissante et dynamique ! Une idée profondément incrustée dans les esprits et les cœurs de chaque citoyen africain. Elle doit être portée par un vaste mouvement sociologique et une ferme volonté politique incarnée par des dirigeants responsables et sincèrement engagés. Malheureusement, la volonté politique et l’absence d’audace de nos leaders politiques bloquent sérieusement l’émergence d’un véritable mouvement sociopolitique africain pour favoriser la revalorisation du « berceau des civilisations » du monde qui a été exilé, violé, saccagé, déstructuré, perverti, et rendu amnésique par des siècles de prédation et d’exploitation. Toutefois, la flamme du panafricanisme et de la conscience africaine reste vivement entretue par certains intellectuels, notamment à travers les fora des mouvements sociaux et autres « think thank » émergents. Pour aller plus loin dans ce débat, pour faire de la vision panafricaine une réalité il faut de l’audace. L’audace peut être la hache de la rupture et le levier de l’histoire si elle est mise au service d’une cause. Ce comportement assumé relève d’une prise de responsabilité décisive qui transmet la rage et un ras-le-bol débordants. Il est le cri de départ du mouvement de changement. Il découle d’une résilience dynamique qui se transforme en engagement progressiste. L’indiscipline soudaine peut donc être l’outil des sages quand ils sont révoltés par l’injustice. L’Abbé Pierre avait donc compris que l’histoire du monde s’est toujours faite d’une succession de disciplines et de soudaines indisciplines, car par moment, il faut bien que quelqu’un dise non pour que l’humanité sorte de la léthargie de ces maux, notamment de l’oppression et de l’exploitation. De l’audace, encore de l’audace, c’est la principale valeur requise pour l’africain aujourd’hui.

Le temps de l’Afrique

Dans le contexte international actuel marqué par des crises récurrentes, le monde change de visage. La crise mondiale se présente comme une opportunité pour le continent africain. Au moment où le vieux monde doute, l’Afrique présente un potentiel économique unique avec ses ressources humaines jeunes et ses ressources naturelles abondantes. Notre continent est la terre de la croissance durable et en cela il est considéré dans toutes les stratégies d’acteurs économiques soucieux de leur avenir. Même si par ailleurs, son poids dans les échanges commerciaux internationaux est encore presque nul. Un contexte qui force la nécessité de s’unir car nous ne pourrons relever nos défis contemporains si nous restons dans nos états émiettés. Mais surtout si nous ne travaillons pas dans le sens de réhabiliter la vision panafricaniste des « pères initiateurs » et faire de son accomplissement la mission de notre génération. Alors, si nous sommes convaincus que nous ne sommes pas ce que nous devrions être, nous devons avoir conscience que nous sommes ceux que nous attendions ! Nous sommes les seuls acteurs de notre propre destin. L’Afrique a toujours donné à l’histoire du monde, mais devra –telle encore une fois tout donner et oublier de garder ou de ne rien prendre pour soi ? Devra –telle encore une fois rater le tournant du l’Histoire ? Il me semble que la roue tourne, comme si le monde dans son organisation dialectique ou encore dans son cycle d’évolution reprend sa station en Afrique ? Les épopées de grands empires et nos grandes civilisations ne doivent plus servir pour les musées et les théories d’histoire ancienne, elles doivent être revisitées, revivifiées et remises en scelle pour sauver le monde en perte de gouvernail, tanguant comme un bateau ivre au crépuscule des lumières. Le moment de l’Afrique est donc présent. Un moment de refondation politique, de reconstruction sociale, de régénération culturelle et de progrès économique. Tout simplement un moment de Transformation.

Les conditions de la Transformation

L’émergence de la « génération de l’audace », une nouvelle génération de citoyens africains moins frileux et plus déterminés à aller rapidement vers une unité africaine effective. La jeunesse africaine est ainsi interpellée et il lui reviendra de porter ce projet de la Transformation africaine qui ne se réalisera de manière efficace que dans une perspective panafricaniste, à travers de courageuses ruptures dans les choix politiques et l’impulsion d’une nouvelle dynamique de progrès. Cet élan de changement nécessite la promotion de la citoyenneté active des jeunes africains, la volonté de s’exprimer librement et un leadership fort et authentique affirmant l’identité africaine véritable. En interpellant le leadership africain, l’économiste ivoirien Monsieur Mamadou Koulibaly analyse avec brio les goulots qui empêchent les pays africains d’accéder à la richesse des nations. Une analyse qui prend le contre-pied de l’argument classique de la pauvreté du capital naturel et productif pour situer le véritable défi au niveau de la promotion du capital intangible. Il a su démontrer que la richesse ne provient pas en réalité des mines et gisements de pétroles mais plutôt de la qualité de la population et des institutions. Sinon, comment expliquer que malgré l’énorme potentiel en ressources naturelles renouvelables et non renouvelables certains pays africains ne sont toujours pas sortis de l’ornière de la misère ? Comment expliquer que certains pays comme le japon, la suisse et la belgique qui enregistrent un capital naturel beaucoup moins important que la plupart des pays africains produisent tout de même un capital total par tête beaucoup plus important ? Il n’est donc pas exagéré de dire que les générations d’élites africaines qui se sont succédé n’ont jamais pu répondre aux attentes des populations africaines à travers les cadres institutionnels mis en place depuis maintenant cinquante ans d’indépendance. Le moment est donc venu de nous armer de courage pour apporter les éléments de rupture nécessaires pour une refondation de ces institutions en adoptant des méthodes institutionnelles épurées des anciennes habitudes d’inefficacité et des mécanismes de dépendance extérieure, mais centrées sur les réelles aspirations des populations africaines dans une dynamique fédéraliste et endogène.

Le leadership politique et la mobilisation citoyenne

Le Président Macky SALL, en sa qualité de coordonateur du NEPAD est interpellé sur son devoir de leadership sur les questions panafricaines. Jusque là, nous notons l’absence de vision partagée et de mécanismes catalyseur de dynamiques de transformation à travers son action. Il évoque rarement les questions africaines dans le fond et n’a jusque là pas délivré un message mobilisateur à l’adresse des jeunes africains. Ses rares sorties sur le sujet sont faites à l’occasion des sommets du G8 et des BRICS ou de fora organisés en Afrique à partir d’agenda conçus et dirigés dans le cadre de l’ingénierie institutionnelle des tenants du capitalisme occidental (G8, New York Forum Africa, Fobes Africa Forum,…). Son programme politique, le « Yonnu Yokuté » est évasif sur la question africaine ne l’évoquant qu’en surface dans sa dimension diplomatique et sécuritaire. Cependant, les conclusions des assises nationales auxquelles il a adhérées dégagent des pistes intéressantes dans la section 27 qui considère l’intégration africaine comme une double priorité . Cette référence exige du président de la république du Sénégal un « engagement constant dans la recherche de l’unité africaine et dans la construction, à terme, des Etats unis d’Afrique », tout en consolidant le rôle du Sénégal au niveau continental. Sur ce chantier, le Président Macky Sall marque les pas alors qu’il a par devers lui la responsabilité d’animer un des mécanismes les plus déterminants de l’intégration africaine, le NEPAD. L’opportunité lui est ici donnée de galvaniser les forces vives africaines et de mobiliser les sénégalais comme fer de lance de la dynamique nouvelle à la quelle aspire la génération actuelle qui entretient la flamme du panafricanisme. A l’heure du bilan, il sera aussi jugé sur cette responsabilité cruciale.

Faire de la vision des « pères initiateurs », la mission de notre génération : la contribution de LEGS-Africa

Aujourd’hui le continent regorge de millions de jeunes qui disposent de tous les moyens intellectuels nécessaires pour comprendre les enjeux du monde contemporain et susceptibles d’une prise de conscience décisive sur la situation et les défis de l’Afrique dans le monde actuel. Une nouvelle génération de leaders africains plus audacieux et plus déterminés à aller rapidement vers une unité africaine effective, prêts à assumer les sacrifices individuels et collectifs nécessaires à la construction de toute grande œuvre. Nous inspirant des pères initiateurs du panafricanisme, des combattants et chantres de l’émancipation de l’Afrique unie, nous œuvrons à mieux comprendre notre réalité ambiante et à faire partager par la nouvelle génération de l’élite africaine une vision souveraine du progrès économique et social en Afrique à travers la promotion de la citoyenneté africaine de Transformation promue par une spirale d’action qui nous amène à toujours penser l’Afrique et à agir à partir de nos réalités locales. La vision que LEGS–Africa cherche à partager est de faire de l’Afrique un continent émancipé, avec un projet souverain de construction de son avenir. Un continent où s’affirme l’identité des peuples, se reconnaissant dans une entité géographique, économique et culturelle commune et où sont menées des activités de création de richesses équitablement redistribuées. LEGS –Africa s’en prendra à ces défis à partir d’une meilleure connaissance de l’Afrique, de ses idées et de sa présence dans le monde ; de la promotion de la citoyenneté de transformation, en favorisant le dialogue entre africains, mais surtout entre générations, pour la réalisation des Etats Unis d’Afrique. Ce cheminement ne pourra se faire qu’avec l’engagement infaillible des femmes et hommes qui animent notre initiative qui se veut un mouvement panafricain de mobilisation des générations actuelles et prochaines pour la réalisation de soi dans une Afrique unie et émancipée.

Pour l’Afrique, osons !

Elimane H. KANE

Président LEGS-Africa

elihkane@gmail.com

 L'auteur  Elimane H. KANE
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