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Quand Amilcar Cabral nous inspire !

Posté par: Elimane H. KANE| Lundi 24 juin, 2013 21:16  | Consulté 2973 fois  |  0 Réactions  |   

Quand Cabral nous inspire !

Les 21 et 22 Juin 2013, l’Initiative Leadership, Ethique, Gouvernance et Stratégies pour Afrique  (LEGS-Africa) a eu le privilège de recevoir un ancien  Président du Cap-vert, Pédro Pires, pour prolongé le forum international sur Amilcar Cabral qui a eu lieu en janvier dernier à Praia, à l’occasion du quarantenaire de son assassinat.

Du beau monde était au rendez-vous du savoir et du militantisme : Amadou Mahtar MBOW, Adoulaye Bathily, Adama GAYE,les ambassadeurs du Cap- vert et du Portugal, un représentant de l’UNESCO, la fondation Rosa Luxemburg, des chercheurs et enseignants des universités, la direction et les étudiants provenant de 28 pays africains de l’IAM, ainsi que les membres de LEGS-Africa.

Cap-vert : les effets ont leur cause !

Il ya exactement un an que je découvrais le cap-vert, cet archipel de 10 îles dont 9 habités, à 400 kms au large de Dakar. C’était en Juillet 2012, alors que j’avais  pris rendez-vous avec d’autres africains venus de divers coins du continent pour essayer de définir comment nous pouvons enfin prendre notre destin en main à travers une alliance panafricaine pour Refonder la Gouvernance. Lieu ne pouvait être mieux choisi que le Cap- Vert qui est, en Afrique, le porte étendard de la gouvernance démocratique, de la progression du revenu par habitant, de la qualité du capital humain et de la réduction de la vulnérabilité économique.

Ce pays de 1 500 000 habitants dont les 2/3 vivent dans la diaspora est un symbole dans la sous région en matière de gouvernance et de développement. Dans l’indice Mo Ibrahim pour la gouvernance ou encore l’indice de perception de la corruption, le Cap-Vert est dans le lot des champions africains. En 2004 déjà, l’assemblée générale des Nations Unies classe le Cap-Vert dans la catégorie des pays à revenu intermédiaire, en adoptant la résolution 59/2009. La Banque Africaine de Développement, dans son rapport pays de Novembre 2012 décrit le cap vert comme un modèle de réussite pour avoir réalisé la transformation radicale de son économie. En seulement une vingtaine d’années, le Cap vert est passé du lot des pays les plus pauvres au monde au lot des pays les plus performants d’Afrique avec une croissance fulgurante.

Ce beau petit pays qui a su se relever d’une famine désastreuse des dizaines d’années au par avant. Un pays qui n’a pas de ressources naturelles, en dehors de ses  femmes et hommes courageux qui à partir de leur dur labeur ont su faire de ce pays un modèle économique et un exemple en matière de gouvernance.  C’est dans ce pays   que j’ai rencontré un homme très spécial, d’une humilité légendaire qui a dirigé ce pays pendant des décennies pour avoir été le premier premier ministre de la toute nouvelle république qui naquit à l’issu d’âpres luttes de libération conduites par Amilcar Cabral. Le commandant Pédro Pires, signataire des accords consacrant l’indépendance des on le 29 décembre 1974 à Lisbonne, est devenu président de la république plus tard. Il a été le catalyseur de  la situation économique de son pays, surprenant du coup les experts de la banque mondiale qui lui avaient prédit l’impossible quand il leur manifestait sa ferme volonté de redresser  le pays. ll a ainsi été justement récompensé comme  lauréat du Prix Mo Ibrahim qui distingue les anciens chefs d’Etat qui ont eu des comportements exemplaires au pouvoir. Mais au Cap Vert, il ya beaucoup de Pires. La marque des hommes politiques dans ce pays, c’est leur disponibilité et leur sobriété.

Edifié sur le niveau de progrès du Cap Vert  et sur la conduite exemplaire de ses hommes politiques, j’ai cherché à mieux le connaitre. Nous avons compris que si ce pays est devenu un modèle de gouvernance démocratique, d’Etat de droit et de stabilité - maux dont souffre terriblement le continent africain- c’est en partie grâce à un engagement populaire issu d’un processus de transformation et de recréation dont il faut trouver les origines certainement dans l’œuvre du ‘ pai da naçao’, Amilcar Cabral.

En janvier 2013, à l’occasion du forum international « Pour Cabral, toujours !», j’étais redécouvert le pays de la diva aux pieds nus, sur invitation du président Pires,  pour commémorer et revisiter la pensée et l’action d’Abel Jassi. Ce qui m’a permis de comprendre pourquoi son peuple fait aujourd’hui la fierté de l’Afrique dans le temps du monde. Abel Jassi est le nom de guerre d’Amilcar Cabral. Il est utile de le mentionner car malheureusement beaucoup d’africains de notre génération ignorent l’histoire et l’œuvre de cet homme d’audace et de détermination. En cela, il constitue pour nous une source d’inspiration.

Le legs de Cabral

Cabral nous apprend que la quête de l’identité est un facteur d’unité. Il a ainsi marqué l’effectivité de la nation africaine dans son discours de projet panafricaniste dans une sorte d’oraison funèbre en Janvier 2013. Il disait ceci : « Notre travail a consisté alors à rechercher de nouveau nos racines africaines. Et cela a été si merveilleux, si utile et lourd de conséquences qu’aujourd’hui encore les fondateurs de ce groupe sont tous des dirigeants des mouvements de libération dans les colonies portugaises ».  Son combat a fondamentalement été pour la ré-africanisation des esprits en faveur de la liberté dans la souveraineté.

Pour ce faire, Cabral nous a édifié sur au moins trois conditions préalables :

·        Une compréhension approfondie des mécanismes d’asservissement utilisés contre les masses exploitées est fondamentale

·        La détermination de sa propre destinée en défendant l’intérêt national et assurer une transformation radicale des structures économiques, sociales et culturelles héritées de la période coloniale

·        L’adoption de stratégies adéquates à des moments déterminés, dans un contexte social spécifique, les quelles stratégies doivent être basées sur les réalités concrètes du peuple.

 

Le forum international a permis de redécouvrir   l’homme Cabral,  sa pensée, sa théorie de l’action et son action de la théorie mais j’ai surtout retenu à la fin de tout cela les propos de Carlos Lopez, sous secrétaire général des Nations Unies : ‘Cabral a fait ce qu’il avait à faire en son temps, et nous que faisons –nous ?

Selon Cabral, ce n’est que par un processus de longue haleine de révolution sociale et structurelle, capable d’amener des peuples entiers à une participation active, que l’on créerait les conditions nécessaires pour que l’Afrique puisse réaliser son potentiel.

Pour servir notre engagement panafricain, l’important pour nous est moins d’entretenir un mythe ou de s’adonner au culte d’une personnalité que de comprendre comment il a su , autant qu’Augustino Néto, Julius Nyéréré, Kwamé Nkrumah, Patrice Lumumba, Thomas Sankara, Sékou Touré, Sylvanus Olimpio, Félix Mounié,…. mener le combat de son époque contre l’injustice et l’asservissement pour nous en inspirer et faire  face à notre tour aux injustices de notre temps. Il s’agit donc de faire le lien entre la source que constitue l’œuvre de Cabral et la mission qui est celle de notre génération.

Notre mission générationnelle

L’initiative LEGS –Africa est née de cette  prise de conscience alimentée et promue par de valeureux intellectuels organiques du continent qui ont toujours souhaité œuvrer pour que les peuples d’Afrique vivent dans la liberté et dans un continent souverain. Ils nous ont demandé de nous armer de savoir jusqu’aux dents, de nous relever de la natte des autres et surtout d’éviter de nous coucher car si nous nous couchons, nous sommes morts ! Ils nous ont rappelé que chaque génération doit découvrir sa mission et la remplir pleinement au risque de la trahir, ils nous ont rendu fiers de par la découverte de nos propres richesses et du rôle médiéval joué dans l’histoire des civilisations et des inventions qui ont propulsé le monde.

Face aux enjeux contemporains, l’Afrique doit trouver sa clé de passe. Nous sommes convaincus que le temps de l’Afrique est arrivé car nous sommes obligés de changer au risque de périr ! Il faut que ça change ! Le contexte de crise mondiale se présente comme une opportunité pour le continent africain. Au moment où le vieux monde doute, l’Afrique présente un potentiel économique unique avec ses ressources humaines jeunes et ses ressources naturelles importantes. Notre continent est la terre  de la croissance durable et fait l’objet de stratégie obligée pour chaque acteur économique soucieux de son avenir.

Un contexte qui force la nécessité de s’unir car nous ne pourrons relever nos défis contemporains si nous restons dans nos états émiettés. Mais surtout si nous ne travaillons pas dans le sens de réhabiliter la vision panafricaniste des « pères initiateurs » et  faire  de son accomplissement notre mission. Alors, si nous sommes convaincus que nous ne sommes pas ce que nous devrions être, nous devons avoir conscience que nous sommes ceux que nous attendions !

Nous inspirant de Cabral et de ces semblables, nous œuvrons à mieux comprendre notre réalité ambiante et à faire partager par la nouvelle génération de l’élite africaine une vision souveraine du progrès économique et social en Afrique à travers la promotion de la citoyenneté africaine de Transformation promue par une spirale d’action qui nous amène à toujours penser l’Afrique et à agir à partir du local.

La  vision de LEGS est de faire de l’Afrique un continent réellement indépendant, avec un projet souverain de construction de son avenir. Un continent où s’affirme l’identité des peuples, se reconnaissant dans une entité géographique, économique et culturelle commune et où sont menées des activités de création de richesses équitablement redistribuées.

LEGS –Africa s’en prendra à ces défis à partir d’une meilleure connaissance de l’Afrique, de ses idées et de sa présence dans le monde ; de la promotion de la citoyenneté de transformation, en favorisant le dialogue entre africains, mais surtout entre générations, pour la réalisation des Etats Unis d’Afrique.

Ce cheminement ne pourra se faire qu’avec l’engagement infaillible des femmes et hommes qui animent notre initiative qui se veut un mouvement panafricain de mobilisation des générations actuelles et prochaines pour la réalisation de soi dans une Afrique unie et prospère.

Ils pouront toujours compter sur  la disponibilité et les conseils avisés de mentors comme Président Pedro PIRES, Amadou Mahtar MBOW, le président Olussogun Obassanjo, le Pr Albert TREVEOEDJRE.La liste est ouverte à toute personnalité qui souhaite accompagner notre mouvement.

Avec Cabral, pour Cabral, toujours ! Pour qu’en 2060 l’Afrique soit, dans un monde de justice, une terre d’abondance  peuplée de trois milliards de Cabral.

 

Ce samedi 22 Juin 2013.

Elimane Haby KANE, Président LEGS-Africa

 

 

 L'auteur  Elimane H. KANE
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